TRACES
Sessions · carnet de bord · protocole · fragments
BreakFlow n'est pas une installation fixe, c'est une forme de vie artificielle alimentée par un flux économique. Ce dispositif fonctionne comme un organisme autonome qui convertit des transactions numériques en impacts physiques irréversibles.
Ici, le « Smart Contract » quitte l'abstraction du code pour devenir un engagement brutal avec la matière. Le principe repose sur un protocole de croyance totale : un paiement déclenche un coup, une base de données enregistre l'action, et le réel est marqué. La cible du marteau n'est pas un bloc neutre, mais une série de moulages en plâtre issus d'emballages thermoformés, spectres de jouets, de nourriture ou d'électronique qui hantent notre quotidien. Dans cet écosystème, la relation entre le geste et l'objet est médiée par une variable opaque : « l'intensité des fragments ». À mesure que le système est sollicité, le nombre de coups nécessaires pour extraire un débris augmente, décalant progressivement la valeur de l'effort et rendant toute comparaison comptable impossible.
Ce qui est produit n'est pas un objet, mais une sédimentation du temps et de l'argent sous forme de poussière et de résidus d'objets fantômes ensachés. Chaque fragment agit comme une surface d'enregistrement, un disque dur matériel qui contient la trace indéfectible de ceux qui ont activé la machine. Le projet expose une causalité organisée plutôt que donnée, oscillant entre l'interface clinique du live streaming et le bordel ambiant de l'atelier.
En réinvestissant ses propres gains dans son automatisation, BreakFlow tend vers une autonomie absolue, une procédure instable où l'exécution se détache de toute présence humaine directe. C'est une machine de survie qui ne demande plus la permission d'exister, mais qui impose sa propre réalité matérielle, coup après coup, jusqu'à l'épuisement du stock disponible.